« Scarron est l'Homère de l'école bouffonne » disait Théophile Gautier.
Il ne risquait pas se tromper tant le Chariot de Thespis de son « Capitaine Fracasse » ressemble à s'y méprendre à la compagnie théâtrale du « Roman comique » dont Scarron se plaît à dérouler les péripéties tragi-comiques.
Mais il ne faut pas s'y tromper. Derrière l'outrance et le grotesque des situations se dissimule une grande tendresse pour ces hommes et ces femmes, « ouvriers théâtriers » qui avec des bouts de ficelle et des oripeaux dépenaillés se battaient pour survivre et transmettaient jusqu'au fin fond des campagnes une certaine idée du théâtre. En partant de situations à la fois convenues et extravagantes, ils faisaient passer sur des publics tout neufs les émerveillements d'un rêve qui leur permettaient, le temps d'une farce, d'échapper à leur quotidien. A partir d'un canevas hâtivement construit, ils s'embarquaient dans des poussées d'improvisation qui leur faisaient jouer leur rôle comme on aborde la vie ou au contraire jouaient leur vie en lui donnant les couleurs sublimes de leur rôle.
L'imaginaire et les précarités du moment se catapultaient dans une confusion grandiose et dérisoire tout en gardant toujours au fond de leur mémoire, même quand il leur arrivait de la perdre, le respect de textes qui seront à l'image de ceux des premières pièces qu'écrivit Molière pour son « Illustre Théâtre ».
« Le roman comique » est le creuset joyeux, outrancier parfois, mais toujours sincère, sur lequel le théâtre s'est construit au fil des siècles.
Karine Préterre et Arthur Godin porteront avec tendresse, fantaisie et humour ce texte dont Diderot disait qu'il n'y avait pas de meilleure tisane contre la neurasténie.

